samedi 20 décembre 2008

Chapitre 3 : Seul avec L'Apocalypse

Je regardai le feu, celui qui réchauffe après un cauchemar, celui qui nous apaise et qui nous détend. Assis, respirant calmement, je réfléchissai. Il fallait que je tue ce Strelok et je ne savais même pas pourquoi, je n'en avais aucune idée. Il avait une solide réputation apparemment, un type respecté, un des rares stalkers qui eût réussi à se rapprocher du centre de la zone sans se faire buter. Mais pourquoi le tuer ? Il devait déranger quelqu'un ou...quelque chose ? Je n'en savais rien, je ne savais même pas qui j'étais. Pourtant certaines choses me semblaient étrangement familières. En particulier la silhouette du type assis sur la seule photo, floue, que j'avais de Strelok et de ses confrères. Impossible de distinguer ses traits du visage mais il semblait porter la barbe, c'était difficile à distinguer même pratiquement impossible mais quelque intuition me le faisait sentir. Mes souvenirs...peut-être que je connaissai très bien Strelok. Mais j'abandonnai. Mes réflexions étaient sans doute stériles ici, d'autant que je n'avais aucune expérience, c'était ma première journée et j'avais déjà connu la peur de la zone. Seulement l'antichambre...

Je bus un gros fond de Vodka, il me fallait du courage pour accomplir une mission que Sidorovitch m'avait donné. Buter un mec que je ne connaissais même pas en échange de fric et de munitions, j'y étais résolu, il fallait que j'arrive à survivre. Le bougre était dans une annexe de la ferme abandonnée au nord juste avant un poste de contrôle de l'armée et à l'ouest de la route. C'était juste au nord du village, j'avai une plaine vallonnée de mutants à traverser sur une centaine de mètres. Une promenade de santé en clair. A 17 heures je fûs enfin décidé à partir, je ne mesurais pas encore l'ampleur de mon erreur, c'était l'effet Vodka qui me faisait oublier tout les petits détails. Mais ici, on ne considérait pas la tombée de la nuit comme un "petit détail". Hélas je ne pensais pas à cela et, au milieu des cadavres troués de balles, je me levai sous l'oeil de Syoma qui me conseilla de rentrer le plus vite possible. Il avait la face renfrognée et grave quand il vit que je n'avais rien à foutre de ses conseils pour bleus. Je partai, le ciel me semblait lourd, chargé d'air toxique, de souffrance et d'abominations.

Je marchai à pas de loup, loin à l'ouest, je distinguai une silhouette de militaire qui traînait près d'une mare remplis de déchets radioactifs. Il se dirigeait calmement en direction du village. Putain, les soldats patrouillaient dans le coin apparemment, j'avais intérêt à grouiller mon cul si je voulais rentrer en un seul morceau. L'herbe était touffue et dense , j'avancai calmement lorsque un premier chien radioactif fonça sur moi, je dégainai vite et il s'écrasa dans l'herbe mais un autre me mordit férocement à la hanche. Je lui foutai un mémorable coup de crosse avec l'AK que j'avais ramassé sur le cadavre d'un troufion au moment où un autre bondit sur moi avec rage. Je tombai à terre, lui asséna un violent coup de couteau dans la gorge après un combat épuisant. Je saignai, au flanc et au niveau du torse. J'eus très vite le réflexe de stopper les hémorragies grâce aux bandages. Je pris des forces grâce à un de mes précieux médikits et me relevai. J'avais fait les trois quarts du chemin et j'avais failli y laisser ma peau.

Enfin Devant la grosse Baraque, j'ai en visuel ma cible, m'avance vers lui d'un pas calme, il me salue, je le salue, l'air grave je sors brusquement mon canon scié, plus rien...

Le silence de la mort pèse à mes oreilles. Et la douleur se lit sur mes yeux, la douleur de l'éternel regret. Si je m'étais écouté, je me serai effondré et aurai pleuré de rage contre ce maudit endroit, mais je connaissais déjà les règles du jeu : si tu flanches dans la zone c'est que t'es un "faible", un insecte que l'on écrase. Et je ne tenais pas à devenir un "faible". Mon visage se durcissait, je fulminai de colère à l'intérieur de moi-même, me relevai prêt à partir. Mais quel erreur ! Je ne m'en étais pas aperçu ! La nuit tombait et tout devenait ténèbres autour de moi. La terreur s'emparait de moi et je me souvenai des histoires que j'avais entendues tôt dans la matinée sur les créatures qui sortaient la nuit plus au nord. Des légendes... mais ici, les légendes étaient généralement fondées, grosse différence avec le monde extérieur. Je tentais de reprendre mon calme, je devai rentrer, c'était la seule chose qui importait. Je me tenai à mon arme, la sueur coulait de mon front, je voyai de moins en moins et il n'était pas question que j'allume ma torche, me faire repérer par les autres enfoirés de l'état ne me disait rien. Les militaires avaient l'autorisation de buter n'importe qui, ils te tuent et vérifient tes papiers après. Et justement, je repensais au militaire que j'avais aperçus plus tôt, j'espérai ne pas tomber sur un de ses petits camarades surtout après le raid de tout à l'heure.

Je soufflai une fois arrivé sous le pont, les trois quarts de mon chemin étaient accomplis. Bientôt 21 heures, la nuit se faisait de plus en plus noire, je ne verrai bientôt plus à 3 mètres. Je sursautai : un cri absolument effroyable, non, des cris absolument effroyables étaient poussés au loin. Des hurlements humains effrayants, un cri aigu de douleur. Qu'était-ce ? Mon imagination ? Ou des mutants effrayants qui faisaient une partie de chasse avec un pauvre stalker isolé ? Jamais je ne le saurais mais ces hurlements restèrent pour toujours dans mon âme. Le soleil avait totalement disparu, le monde nocturne de la zone me semblait terrifiant lorsque je vis au loin les lueurs du village et de nouveaux stalkers fraîchement arrivés jouant de la guitare et de l'harmonica. Le soulagement se lisait sur mon visage, je transpirai et fît un "salut" bref aux nouveaux. Syoma rigolait de bon coeur lorsqu'il vit la paleur de mon visage. Il rigolait parce qu'au fond il était autant effrayé que moi, il souhaitait le cacher. Mais lui aussi voyait des choses hideuses et déchirantes, lui aussi pleurait au fond de son âme. Rire empêchait à ceux qui étaient autour de vous de trop penser. Cela faisait du bien à tout le monde. La zone était une apocalypse permanente et c'est cette atmosphère de fin du monde qui rendait les stalkers effrayés et mélancoliques au fond d'eux-mêmes.

Sidorovich me remerciait avec ses roubles de merde.  Je me demandais si ce gros tas ressentait vraiment les choses comme nous autres, son gros cul assis dérrière son comptoir à marchander des Hommes et des armes. Je sortai de son bunker pour aller dormir au village, mes yeux perçaient la nuit et une larme coulait sur mon visage, c'était pour l'Homme que j'avais tué, une profonde mélancolie s'emparait de moi lorsque je regardai la lune, désormais je savais que je n'aurais plus jamais le temps de pleurer pour les autres innocents qui tomberaient...